L'identité européenne, entre science politique et science fiction

Sophie Duchesne
2010 Politique européenne  
L'usage scientifique de la notion d'« identité européenne » a rapidement progressé depuis le milieu des années 90. On le mesure facilement dans le cas de la littérature de langue anglaise 1 (cf. schéma cidessous). Pourtant l'expression n'est pas sans poser problème. Une grande partie de la littérature sur le sujet s'attache à discuter, en termes plus ou moins historiques et/ou philosophiques ce que sont ou seraient les valeurs et modes de vie communes à « l'Europe » -entendue tantôt comme un
more » ... tantôt comme un continent regroupant un ensemble de pays, tantôt comme une civilisationqui la distinguent du reste du monde et légitiment en quelques sortes le processus d'intégration économique et politique 2 . Une autre partie de la littérature, celle qui nous intéresse ici, appréhende l'identité européenne comme un processus psycho-sociologique ou socio-politique d'attachement des citoyens à l'espace européen ou à la communauté politique dessinée par l'intégration. Ce volume de Politique Européenne, comme son titre l'indique, met en question la validité, conceptuelle et empirique, de cette conception de l'identité européenne en science sociales. Nombre d'articles publiés chaque année en sciences humaines et sociales dans les revues référencées par le ISI Web of science, et dont le titre contient « European Identity » (Restriction de la recherche aux catégories générales: social sciences or arts & humanities). L'identité européenne embarque avec elle tous les débats portant sur la validité sociologique du concept d'identité. Rogers Brubaker et Frederic Cooper ont bien souligné les inconvénients d'un concept que les reformulations fréquentes, depuis son introduction en sciences sociales dans les années 50 (Gleason 1983), ont rendu peu opérationnel (Brubaker & Cooper 2000). L'identité est prise dans une série de tensions : entre similitude et différence ; objectivité et subjectivité ; individuel et collectif ; permanence, contextualité et transformation. Suivant les approches choisies, elle tend à désigner des objets ou propriétés très différents. Pourtant, nombreux sont les auteurs qui ne veulent 1 La recherche sur l'expression en français ne donne pas grand-chose, peut-être car elle est moins usitée dans les sciences sociales françaises, mais aussi et surtout du fait du grand retard dans la mise en ligne des revues francophones (4 références sur Persée, 1993-97, et 7 sur CAIRN, 2001-2009). 2 Pour une perspective critique sur cette acception de l'identité européenne, voir par exemple Delanty 1995 ou Stråth 2002.
doi:10.3917/poeu.030.0007 fatcat:yqixgwnocvet7iiewuzzscpfpq