De la perception à la représentation du risque : Le rôle des médias

Birgitta ORFALI, Helene JOFFE
2005 Hermès  
Introduction Sans les mass media, plusieurs risques potentiels ne seraient connus que des seuls individus impliqués et ne pénétreraient pas la conscience de millions de personnes dans le monde. C'est pourquoi la communication joue un rôle prépondérant dans la lecture du risque qu'opèrent les gens. Cependant, historiquement, la psychologie du risque s'est peu intéressée au contenu des mass media et à leur rôle dans la construction d'une pensée sur le risque. Jusqu'à une période récente, la
more » ... e récente, la psychologie du risque était caractérisée par un modèle de « perception du risque » qui mettait l'accent sur les erreurs dans les processus d'information advenant dans l'esprit individuel lorsque l'individu était confronté aux risques. Cet article reprend les différentes thèses en ce domaine pour proposer l'idée selon laquelle si l'on comprend la réponse au risque comme «représentation» et non comme «perception», les liens entre médias et pensée de base deviennent prépondérants et permettent d'envisager une psychologie sociale du risque plus légitime. La définition du risque que nous retenons renvoie à un sentiment de « danger attendu par rapport à des dommages futurs» (Douglas, 1994), un sentiment de menace potentielle. Depuis les années 1950, les psychologues se sont intéressés de plus en plus à la façon dont l'homme de la rue perçoit les risques, que ceux-ci renvoient à des risques radioactifs ou chimiques, à des accidents ou à la maladie. La probabilité pour l'homme de la rue d'être confronté à un risque particulier a été comparée à des calculs de probabilité scientifiques et l'intérêt s'est porté sur l'existence et la source d'erreurs de base (voir HERMÈS 41, 2005 Helene Joffe Kahneman, Slovic et Tversky, 1982 pour une revue de questions). Cet accent mis sur la faillibilité des processus d'information humaine se retrouve dans la littérature sur la perception du risque, soulignant les «biais» d'optimisme, d'accès, de surconfiance et de désir de certitude (Slovic, Fischhoff et Lichtenstein, 2000) . «L'erreur» la plus souvent commise dans le champ de la perception du risque réfère à la question suivante: pourquoi certains risques désignés comme minimes sont-ils grossis tandis que d'autres risques plus importants sont minimisés ? En Grande-Bretagne, un exemple de ce phénomène est donné dans l'exagération des risques liés aux chemins de fer et une sous-estimation des risques liés à la route. Deux des réponses en ce domaine sont à commenter. La première insiste peu sur les mass media, renvoyant à un arrière-plan relatif aux études expérimentales et aux idées utiles issues des liens entre risque et communication qui peuvent être avancées à partir de là. La réponse la plus récente donne, quant à elle, davantage d'importance aux mass media, désignant plusieurs éléments comme des «représentations» du risque plutôt que des «perceptions». L'importance d'une théorie plus représentationnelle du risque devient obvie à travers l'évaluation de ces deux moments dans la recherche sur la perception du risque. Perception du risque et amplification sociale des cadres relatifs au risque
doi:10.4267/2042/8962 fatcat:tbkz5d4brvgevadhiaazgoqe7u