Versants 64:1, fascicule français

Nicolas Wittwer
2017 unpublished
Nodier, dans la préface de La Fée aux Miettes, revendique l'adoption d'un « style singulièrement commun ». Pour interroger et comprendre ce parti pris stylistique, cet article entreprend notamment de le relier à la philosophie du langage que Nodier déploie dans ses travaux de « linguiste » et de lexicographe, et de montrer, en l'occurrence, une continuité et une cohérence entre la promotion d'un « style commun », sur le plan littéraire, et un imaginaire de la langue qui valorise la parole
more » ... ise la parole commune. En défendant une proximité et une solidarité entre langue littéraire et langue ordinaire, Nodier s'applique alors à réhabiliter le lieu commun (celui que le langage courant emploie volontiers), en lui assignant même une valeur poétique. La contribution de Nodier à l'émergence et à l'essor du romantisme en France est incontournable, quoique l'histoire littéraire ne lui consacre pas toujours la place qu'elle serait en droit d'occuper. Ainsi, la manière dont cet auteur et son oeuvre se confrontent au lieu commun semble avoir échappé à l'attention des spécialistes de ces questions ; peut-être aussi parce qu'elle se distingue résolument d'une posture de rejet ou de condamnation, si fré-quemment associée à la « pensée romantique » 1 , et parce qu'elle semble donc se situer, à plus d'un titre, en marge du « procès » instruit « par le roman-tisme » 2 que rappelle notamment Antoine Compagnon. Loin d'ériger l'ori-ginalité en dogme et de prôner une esthétique qui privilégierait l'expression de l'individualité 3 , Nodier s'efforce en revanche d'attribuer-comme nous le verrons-une valeur poétique aux expressions les plus communes et les plus
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