Rédouane Taouil

Université Pierre
unpublished
Critique économique n° 22 • Printemps-été 2008 175 Les rapports que publie régulièrement la Banque mondiale sur l'économie marocaine ne suscitent guère de débats à la mesure des enjeux qu'ils revêtent. Or, ils sont à soumettre à examen pour moult motifs : i) La politique économique à l'oeuvre au Maroc porte l'empreinte du paradigme du développement de l'institution de Bretton Woods. Les choix monétaires et budgétaires comme les réformes de structure sont largement influencés par le Consensus de
more » ... par le Consensus de Washington qui résume le diagnostic et les prescriptions de la Banque mondiale et de l'institution soeur jumelle, le FMI. L'idée maîtresse de ce consensus est que « la meilleure politique du développement économique à suivre » (1) passe par la priorité aux forces du marché et par la limitation des interventions publiques à la protection des droits de propriété et à la promotion des institutions favorables à la concurrence et à l'initiative privée ; ii) Les analyses de la Banque mondiale puisent leurs concepts et énoncés dans divers champs de l'approche économique du mainstream depuis l'économie de la croissance jusqu'aux théories de la politique économique en passant par l'économie internationale et l'économie institutionnelle ; iii) Le discours de la Banque mondiale jouit d'une large faveur. Cette faveur tient, dans une large mesure, à des arguments d'autorité qui fonctionnent comme garants de validité. La discipline budgétaire et la stabilité monétaire comme la réforme des institutions de marché sont placées au rang d'évidences irrécusables. La parole d'expert est tenue pour une parole d'évangile. Le consensus au sein de la classe politique, par-delà ses différences, au sujet des recommandations de la Banque mondiale est un témoignage éloquent de l'hégémonie de la pensée régnante du développement ; iv) Les décideurs de la politique économique s'appuient, dans leur rhétorique, sur le discours de la Banque mondiale et se prévalent des satisfecit qu'elle leur accorde pour légitimer leurs choix. Qualité des institutions et équité au Maroc : le marteau et les clous de la Banque mondiale Contre-feux (1) Ce credo a été systématiquement mis en avant dans le rapport de la Banque mondiale de 1993.
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