Incontinence fécale, partie 1

Peter Studer, Melanie Holzgang, Antje Lechleiter, Lukas Brgger
2019 Swiss Medical Forum = Forum Médical Suisse  
Face aux multiples causes, examens et options thérapeutiques de l'incontinence fécale, une collaboration interdisciplinaire bien établie entre les médecins de premier recours et les unités spécialisées s'avère indispensable. La première partie de cet article explique les causes et les examens, tandis que les options thérapeutiques actuellement recommandées seront abordées dans une seconde partie 1 . Contexte Définition Bien qu'il n'existe officiellement toujours pas de définition de
more » ... tion de l'incontinence fécale acceptée à l'échelle internationale, l'incontinence fécale fait le plus souvent référence à une perte incontrôlée ou involontaire de selles liquides ou solides entre les passages aux toilettes réguliers. L'intensité de la maladie varie fortement, allant de souillures intermittentes des sous-vêtements par de la matière fécale à une perte permanente et incontrôlable du contenu intestinal. Epidémiologie La prévalence de l'incontinence fécale est difficile à évaluer. Un article de revue de 2016 a décrit une prévalence comprise entre 1 et env. 20%, en moyenne entre 8 et 9% [1]. D'une manière générale, la prévalence augmente avec l'âge et elle atteint des valeurs de >40% dans les institutions telles que les établissements médico-sociaux [2]. En plus d'entraîner des limitations parfois massives de la qualité de vie des personnes touchées, la maladie a également une grande importance socio-économique. D'après les estimations, les coûts générés par une incontinence fécale non traitée sont considérables et ils sont à la charge des patients et de notre système de santé [3]. Le manque de perception de cette problématique de santé pertinente est probablement lié à la stigmatisation et aux angoisses sociales des personnes touchées. L'incontinence fécale implique souvent une réduction drastique de la qualité de vie et elle peut éventuellement conduire à un isolement social complet. Globalement, la maladie est sans doute fortement sous-diagnostiquée. Dans une étude épidémiologique exemplaire, un diagnostic médical correspondant avait uniquement été posé chez 2,7% des patients avec incontinence fécale auto-rapportée [4]. En outre, plus de 70% des personnes touchées ne sollicitent pas d'aide médicale malgré des limitations pertinentes [5]. Il est dès lors essentiel d'accroître la sensibilisation vis-à-vis de cette maladie et d'interroger activement les patients au sujet des symptômes d'incontinence fécale au cabinet de médecine de famille [6]. L'impression subjective qui ressort de la consultation de proctologie laisserait supposer une prévalence plus élevée chez les femmes, ce qui n'est toutefois pas prouvé dans la littérature. Différentes études ont montré une prévalence comparable de la maladie chez les deux sexes. Une grande analyse populationnelle récemment publiée, avec env. 70 000 patients inclus aux Etats-Unis, a même montré une discrète prédominance de l'incontinence fécale chez les hommes [7]. D'autres travaux confirment une répartition équilibrée entre les sexes [8]. Physiologie La continence fécale en tant que fonction physiologique est hautement complexe et présuppose un bon fonctionnement du système nerveux central et autonome. Parmi les autres facteurs tout aussi importants pour une continence fécale suffisante wure une anatomie correcte au niveau de l'appareil sphinctérien anal, des muscles releveurs, y compris de la sangle puborectale, et de l'anorectum. Un autre facteur décisif pour la fonction de continence est la consistance fécale. La sensation d'impériosité fécale est déclenchée par une stimulation des récepteurs d'étirement et de pression dans le rectum et le canal anal supérieur [9]. En situation normale, la défécation est initiée volontairement et complétée par différents réflexes [10]. Une pathologie affectant une ou plusieurs composantes de P e e r r e v ie w e d a r tic l e Peter Studer 1 «Incontinence fécale, partie 2: traitement» paraîtra dans le numéro 21-22 du Forum Médical Suisse.
doi:10.4414/fms.2019.08076 fatcat:srvx2fwdkzgapagmkq6hruh7cu