Comptes rendus

Alain Vergnioux, Jean-Marc Lamarre
2003 Le Télémaque  
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more » ... re que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Manifeste pour les pédagogues , Paris, ESF, 2002. Le livre s'ouvre sur un manifeste en vingt-deux points pour défendre la nécessité et la légitimité de la pédagogie. Il rassemble en un seul volume des textes déjà édités en revue ou dans des publications collectives ; leur réunion ne leur en donne que plus de force. En effet, bien que les démarches et les travaux antérieurs des auteurs s'inscrivent dans des horizons intellectuels différents et que leur réflexion, ici, sur la pédagogie, laisse place à la diversité des approches et des engagements, il se dégage de leur réflexion commune une cohérence bien venue. Car l'enjeu est de première importance : il s'agit certes de plaider la cause de la pédagogie contre les malentendus et dénis dont elle est l'objet, il s'agit surtout de démontrer sa légitimité en exposant quel est son domaine, quels sont ses objets, quelles sont ses intentions théoriques et pratiques -toutes choses en lesquelles la pédagogie est non seulement nécessaire mais irremplaçable. Comment définir la pédagogie ? Pour Jean Houssaye, elle n'est pas un champ disciplinaire, elle n'est pas une "qualité", elle n'est pas une position idéologique. Elle consiste en un "lieu", entre la théorie et la pratique, qui se problématise, en tant que relation, selon des accentuations diverses (Ferrière ou Cousinet sont plus théoriciens que praticiens, Decroly ou Neill sont plus praticiens que théoriciens). Pour en aider la compréhension, J. Houssaye propose quatre caractéristiques : la pédagogie est action, rupture, enracinement dans un contexte historique et social, "médiocre" dans ses résultats (p. 11) : « l'acte pédagogique doit en quelque sorte affronter et intégrer l'échec » (p. 12). Que la pédagogie soit mal aimée, J. Houssaye en fait le constat et en propose l'analyse ; il faudrait l'interpréter à partir d'un double malentendu, rejet ou méfiance. Les enseignants (les praticiens) n'aiment pas les pédagogues ; ils portent sur ce qu'ils font des critiques excessives pour leur proposer un avenir incertain ; contre des enseignements jugés sclérosés, ils tentent toujours de déborder les pratiques en place par la formation (innovante) ou par l'"apprendre" (en s'appuyant sur les besoins ou la dynamique cognitive des élèves). À l'inverse, les pédagogues n'aiment pas les enseignants, jugés immobiles, n'aimant pas les enfants ou pas comme il le faudrait (plus, l'enseignant ne s'aimerait pas lui-même). Sur son versant théorique, la pédagogie serait l'objet d'un déni continuel dont J. Houssaye analyse de façon méthodique les différentes formes. Déniée d'abord de la part de la philosophie, gardienne des théories de la connaissance et autosuffisante (elle serait à elle-même sa propre pédagogie et toute discipline, à son modèle, trouverait en elle-même la forme de son enseignement). Elle serait déniée encore, ou absorbée, par la science de l'éducation, ou les sciences de l'éducation, selon des variations multiples (cf. p. 17). Elle serait enfin assimilée par les recherches didactiques qui prennent en charge sur le mode scientifique l'ensemble des tâches d'une pédagogie devenue obsolète : ainsi, quelles que soient ses déclinaisons (didactique,
doi:10.3917/tele.023.0149 fatcat:i5eqvxbj6bcmpdpk4su6edtmm4