DIX NOTES ÉGYPTIENNES Un allumeur oublié

Kentron
unpublished
Depuis le début de la décennie 1990 , M me Maria Mossakowska a publié une série d'articles consacrés à l'éclairage et à ceux qui en étaient chargés dans l'Égypte grécoromaine : « Hélénos, un lamptèrotrophos noir à la cour d'Apollonios le dioecète » ( JJP , 22 , 1992 , 47 -56 ) , « Les huiles utilisées pour l'éclairage (d'après les papyrus grecs) » ( JJP , 24 , 1994 , 109 -131 ), « Quelques remarques sur lychnapsia et lychnokaia » ( JJP , 26 , 1996 , 105 -115 ). Dans cette troisième
more » ... isième contribution, elle dénombre tous les témoignages, littéraires d'abord, papyrologiques ensuite, de « l'allumage » et de ceux qui étaient voués à la fonction d'« allumeur » ( lychnaptès ) des divers systèmes d'éclairage employés dans la vallée du Nil. Quand les contextes sont assez précis ou assez bien conservés, ils permettent de classer les témoignages de lychnapsia ou de lychnokaia (les deux mots paraissent avoir été synonymes) en deux catégories les illuminations liées aux fêtes religieuses (païennes et chrétiennes) et l'éclairage nocturne (permanent ou momentané ?) des agglomérations urbaines les plus importantes. Les illuminations des cultes étaient banales en Égypte, puisque déjà Hérodote II , 62 ( o.l. 106 ) signalait « la fête des lampes » ( lychnokaia ) par laquelle les habitants de Saïs commémoraient l'arrivée dans la ville des divinités Neith et Rê, après la création du monde. M me Mossakowska dénombre ( o.l. 108 -111 ) les papyrus, presque tous d'époque romaine, qui attestent des illuminations de temples, en particulier les pièces comptables qui enregistraient des dépenses effectuées à cet usage. A partir du cinquième siècle, des papyrus byzantins témoignent d'éclairages urbains, en particulier à Hermoupolis ( o.l. 112 ), ce qui donne à supposer qu'à la même époque, la capitale de la province, Alexandrie, bénéficiait du même confort (impression renforcée par la lettre de Sévère d'Antioche (texte syriaque de la première moitié du sixième siècle), qui dit des Alexandrins qu'ils sont persuadés d'être les seuls citadins à disposer de lampes ( PO , 12 , 138 ). En tout cas, ces éclairages nocturnes, permanents ou pas, dans les villes de l'Égypte tardive, ont dû frapper les esprits du temps, puisque Libanios, né à Antioche, ville elle-même magnifiquement éclairée la nuit au témoignage d'Ammien Marcellin XIV , 1 , 9 ( o.l. 113 ), vante la splendeur des éclairages de sa patrie, « qui surpassent la lychnokaia égyptienne » ( Or . XI , 267 ). Dans son dénombrement des témoignages documentaires issus du sol égyptien, M me Mossakowska a oublié une étiquette de momie du Louvre, publiée dans le CRIPEL , 4 , 1977 , 210 -211 n° 828 = CEMG 1239 . Elle enregistre l'inhumation d'un indigène égyptien, ainsi caractérisé : Psaïs, fils de Psénosiris, petit-fils de Pabès, allumeur de lampes du groupe des Cent , a vécu 36 ans. La mention d'un nouveau lychnaptès ne serait qu'un minime addendum à la courte liste des allumeurs déjà connus, si elle ne comportait pas la première attestation d'un collège, d'une association « des Cent » ( tôn hékaton dit le grec). Quand j'ai publié cette étiquette, le rapprochement avec P . Oxy . 1453 , 4 , m'a incité à voir en Psaïs l'employé d'un culte ( CRIPEL , 5 , 1979 , 334, index « activités sacerdotales »). Je n'en suis plus aussi sûr maintenant et j'imagine que Psaïs ait pu appartenir à un corps de responsables de l'entretien urbain. Dans l'impossibilité de trancher entre ces deux éventualités, je ne crois pas inopportun d'ajouter ces courtes remarques. L'appellation « les Cent » fait penser à un hellénisme bien connu, l'habitude, ancienne chez les Grecs, de désigner les responsables d'une activité collégialement exercée, les bénéficiaires de privilèges particuliers, par le nombre de ceux qui y participaient. On songe aux Onze d'Athènes, aux Trente d'Athènes ou de Sparte (ces derniers dans Xénophon, Agés . 1 , 7 ) , aux Quarante qui parcouraient les dèmes de l'Attique pour y rendre la justice (Isocrate, 15 , 237 ), aux Quatre Cents , aux Cinq Cents , etc. Le chiffre est très élevé. S'il n'est pas certain que tous les individus de ce collège aient été des lychnaptai , en revanche, on ne peut imaginer une association de cette taille qu'appliquée à une grande agglomération ou à un centre religieux important. Comme la quasi-totalité des étiquettes de momies du Louvre provient d'achats effectués par U. Bouriant, Recueil de travaux , 11 , 1889 , 143 -144 , dans la région de Panopolis, on peut supposer, sans invraisemblance, que « les Cent » exerçaient leurs fonctions, sacerdotales ou édilitaires, dans cette agglomération. Leur grand nombre peut être un indice supplémentaire de l'importance qu'a eue Panopolis aux époques romaine et protobyzantine.
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