La pression exercée par l'étalement urbain sur la faune et la flore de la Région métropolitaine de Beyrouth

Christy Chaoul, Jocelyne Adjizian Gerard, Nada Badaro Saliba, Rita Zaarour
2019 Revue Forestière Française  
Le Liban, petit pays du Moyen-Orient, n'occupe que 0,007 % de la superficie mondiale (CDB, 2018) mais, grâce à sa situation géographique, il est considéré comme un « Hot Spot » de la biodiversité en Méditerranée. Ce dernier constitue le troisième centre de diversité mondiale après les Andes tropicales et le Sundaland (MoE/GEF/UNDP, 2015). Selon le rapport sur l'état de l'environnement et ses tendances au Liban (MoE/UNDP/Ecodit, 2011), il existe 9 116 espèces connues (4 486 espèces faunistiques
more » ... pèces faunistiques et 4 630 espèces floristiques). Elles sont réparties sur les cinq régions géomorphologiques de ce pays du Levant (MoE/GEF/UNDP, 2015) : la zone côtière, la chaîne du Mont Liban, la plaine de la Beqaa, la chaîne de l'Anti-Liban et le Liban-Sud. L' une des caractéristiques les plus remarquables du Liban est la richesse de sa biodiversité dans une zone très limitée : 0,8 % des espèces du monde ont fait de ce territoire leur refuge. Le rapport flore/surface de la végétation libanaise est très élevé (0,25 espèce végétale/km 2 ) par rapport aux autres pays supposés avoir plus d'espaces verts (par exemple, le Brésil représente un rapport de 0,0044/km 2 , l'Afrique du Sud 0,0081/km 2 ). 12 % des espèces terrestres et marines de ce pays sont endémiques. Le cinquième rapport national présenté par le Liban à la Convention sur la Diversité Biologique, en 2015, indique que le pays compte environ 2 600 espèces de plantes terrestres, dont 8,5 % étaient endémiques dans la région (Liban, Syrie et Palestine), 3,5 % spécifiquement endémiques au Liban, 1,3 % rares et 2,7 % menacées (MoE/GEF/UNDP, 2015 ; Ecodit/USAID, 2009). Le rapport faune/surface est également considéré comme élevé (0,028 espèce animale/km 2 ) par rapport à d'autres pays arabes (Syrie avec 0,019/km 2 , Libye avec 0,017/km 2 ). Divers taxons d'animaux existent au Liban : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, invertébrés et poissons marins. Les espèces terrestres représentent 46 % de la faune libanaise. 2,45 % des reptiles, invertébrés et mammifères du monde vivent au Liban (MoE/UNDP/Ecodit, 2011). Comme dans le monde entier, la biodiversité libanaise est en train de connaître un net déclin (Pimm et al., 1995) en raison de la combinaison de plusieurs facteurs la menaçant. L' une des principales raisons serait l'urbanisation extrême. L' extension de la ville de Beyrouth a débuté pendant la guerre civile (1975)(1976)(1977)(1978)(1979)(1980)(1981)(1982)(1983)(1984)(1985)(1986)(1987)(1988)(1989)(1990), la population fuyant la capitale et ses bombardements pour se réfugier vers des banlieues moins exposées. Les habitants ont alors occupé les espaces verts de la moyenne montagne et des zones côtières (Davie et Drouot, 2000) . Cet étalement de la ville perdure jusqu'à présent, alors que le conflit a pris fin en 1990. Les raisons de ce phénomène ne seraient donc plus sécuritaires, mais économiques. En effet, les systèmes fiscaux n'imposent aux promoteurs de ne payer qu'une fraction des coûts d'infrastructure et des services publics liés à leurs projets (Brueckner et Kim, 2003) . En leur permettant de réduire les coûts de construction en périphérie de la capitale, ce système favorise un étalement vers les espaces encore inoccupés.
doi:10.4267/2042/70831 fatcat:wgsnjyn4krey5jt4fzbhofbnya