ONG et enjeux minoritaires en Bulgarie : au-delà de l'« importation/ exportation » des modèles internationaux

Nadège Ragaru
2008 Critique Internationale  
Depuis la chute du communisme en 1989 à l'Est, la question des minorités y a été construite par une variété d'acteurs internationaux à la fois comme un des secteurs prioritaires de l'exportation démocratique -à travers le transfert de normes, règles et standards internationaux -et comme l'un des lieux où mesurer les « avancées » réalisées sur la voie de la démocratie, puis sur celle de l'intégration à l'Union européenne (UE) 2 . Dans cette perspective, les organisations non gouvernementales
more » ... ouvernementales (ONG) internationales comme locales se sont vu accorder un rôle pivot dans la protection des minorités et la pacification des rapports intercommunautaires. Sur la base de financements de fondations occidentales, d'organisations internationales ou d'agences gouvernementales, elles ont été appelées à déployer, alternativement ou conjointement, une action de sensibilisation des acteurs publics et privés, d'articulation des demandes minoritaires et/ou d'influence sur des instances étatiques envisagées, au début des années 1990, plus comme des obstacles que comme des vecteurs des réformes démocratiques. Adossé à la valorisation des ONG en tant que relais de l'ingénierie démocratique, ce travail dit d'exportation a par ailleurs été caractérisé par une ardente confiance dans la capacité de la loi et de l'ingénierie institutionnelle à susciter les transformations politiques et sociales désirées. Maintes injonctions d'acteurs tels le Conseil de l'Europe et l'UE ont ainsi pris la forme d'encouragements à l'adoption de nouvelles législations. Dans le champ académique, les réflexions consacrées aux « transferts » de « modèles » de gestion des minorités en Europe centrale et orientale se sont très vite ordonnées autour d'une double polarité : souvent apologétique, une première gamme de travaux a salué les effets des politiques de conditionnalité (principalement européennes) sur la refonte des politiques des minorités des États « importateurs », tout en s'interrogeant sur les mécanismes de cette « européanisation » des règles et des pratiques 3 . Plus rares, certains analystes ont souligné la nécessité de problématiser les stratégies des « ingénieurs » de la démocratie et d'interroger en amont la cohérence des « modèles » exportés 4 . C'est également de manière pendulaire que l'on a approché les effets du développement d'un secteur non gouvernemental sur les processus d'exportation/importation démocratique en Europe postcommuniste. Tour à tour, les ONG ont été présentées comme les heureux dépositaires de la société civile et de la démocratie 5 (au prix d'une équivalence entre ONG et « société civile » dont il n'est pas nécessaire ici de rappeler la charge normative et la faible portée explicative 6 ). Alternativement, les ONG internationales et locales ont été vues comme les instruments de politiques internationales (et/ou américaines) imposant aux acteurs locaux des catégories d'analyse et des prescriptions politiques déconnectées de leurs besoins spécifiques 7 .
doi:10.3917/crii.040.0027 fatcat:nichjlmujvdarm7xb53zacqwnu