L'autisme sans frontières : une amitié sans contours

Bertrand Ogilvie
2004 La lettre de l enfance et de l adolescence  
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more » ... uf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Powered by TCPDF (www.tcpdf.org) © ERES | Téléchargé le 15/12/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.231.83) © ERES | Téléchargé le 15/12/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.231.83) Dans l'ensemble de ces réflexions sur le lien protéiforme et (dé)sacralisé de l'amitié, il est nécessaire aussi de faire, non pas entendre, mais figurer le geste, le « moindre geste » de ceux qui restent à jamais exclus de cette « relation » et qui incarnent tragiquement l'impossible du « rapport », pour reprendre la terminologie de Lacan. Ces « gamins-là », échos dans notre siècle de cette « vie nue », produite par la forme ultime du politique quand il devient extermination, nous montrent à la fois que l'ininstitué et l'ininstituable, c'est non seulement du vivant mais aussi de l'humain, et à la fois que c'est d'un même geste que notre société exclut ses propres conditions de possibilités, ses figures limites et institue l'innommable en favorisant de toutes parts les « identifications catastrophiques » dont ensuite elle essaye d'interdire la représentation au cinéma (Ken Park). Ce « rien » qu'est l'humain, cette a-nature dont plusieurs générations, contre la tyrannie du droit naturel ou de la théologie, ont cru pouvoir tout faire (« l'homme nouveau ») pour le meilleur et pour le pire, sa plasticité infinie enfin reconnue par le marché, et cette fois pour le pire et uniquement pour le pire, il est nécessaire de repérer qu'il n'est certes pas « quelqu'un », mais « quelque chose » indubitablement. C'est peut-être bien ce « quelque chose » qui gît au fond de l'attachement des copains et des copines, frottements de peau, odeurs, formes, couleurs, silhouettes, chaleur, en un mot traits ou repères. Si fondamentaux, si peu humains que l'on ne peut que s'en effaroucher et s'en détourner quand l'habillage civilisé du langage n'est pas là pour donner figure humaine à ce rapport primordial. Mais il faut supposer alors, paradoxe peu surprenant en fin de compte, que l'humain, c'est cela : le non-humain, ce qui n'est pas soi-même et n'en veut rien savoir. Problématiques L'autisme sans frontières : une amitié sans contours * Bertrand Ogilvie Bertrand Ogilvie, philosophe et psychanalyste, enseignant à Paris X Nanterre. * Une première version de ce texte est parue dans Le passant ordinaire, n°37, novembre-décembre 2001.
doi:10.3917/lett.055.42 fatcat:mcwnktqck5g4vo3vsgj46bhtqi