L'homme sans

Martin Crowley
2005 Lignes  
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more » ... soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Powered by TCPDF (www.tcpdf.org) © Éditions Lignes | Téléchargé le 20/12/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.231.83) © Éditions Lignes | Téléchargé le 20/12/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.231.83) MARTIN CROWLEY L'homme sans Le sujet de Bataille, c'est l'homme. Mais c'est peu dire : il n'en eut jamais d'autre. Pas un de ses écrits qui ne soit rongé par la nécessité, sinon d'y répondre, du moins de poser, sous toutes ses formes, la question qu'est l'existence d'êtres humains. L'homme en reste l'horizon, la référence de base 1 . Altéré, défiguré, déchiré, certes ; sain, solidaire, intact également. Pauvre, aussi : en tant que résidu, déchet inassimilable de la sourde action réciproque de ces deux grands principes, déchirure et persistance. Il se peut que certains aspects de la façon dont la notion de l'humain s'articule à travers la pensée de Bataille restent à penser ; que, justement, il nous faille penser ce qui reste de l'humain chez Bataille. Ce sera un peu mon propos ici. « L'homme sans » : de toute évidence, pour nous autres modernes, du moins, la notion d'« homme » se laisserait structurer selon la plus étrange des logiques (parfaite inversion, en effet, du supplément derridéen) : l'homme serait ce à quoi, pour être ce qu'il est, il faut qu'une part de sa propre substance soit soustraite 2 . Comme le révèlent les très nombreux titres d'oeuvres -littéraires surtout, cinématographiques aussi -dans lesquels cette formule (« l'homme sans ») se fait entendre. Le mot d'« homme », semble-t-il, appelle l'accouplement perversement disjonctif qu'opère ce « sans » (j'y reviendrai), qui à son tour appelle tout ce qu'il faut soustraire à l'homme pour qu'il soit ce qu'il est. Pour ne commencer qu'avec 9 1. C'est pour cette raison que, cherchant à esquisser un peu la pensée de Bataille dans ce domaine, je maintiendrai ici ce mot d'« homme », si justement et diversement critiqué soit-il. 2. Voir à ce propos Michel Surya, Humanimalités, Paris, Éditions Léo Scheer, 2004.
doi:10.3917/lignes.017.0007 fatcat:czvzhvtodragzefibtiwwy6cxe